Au mois de novembre 2006, Patrick DEIXONNE s’élançait pour la première édition de cette course transatlantique à la rame .
Son embarcation était équipée pour 60 jours de mer en complète autonomie. Dès que Patrick a quitté les côtes sénégalaises, il est mis à mal sur une série de déferlantes de plus de 4 mètres qui le fera chavirer 8 fois. Apres plusieurs jours en mer Patrick souffre d’un épanchement de synovie et ne peut continuer, les médecins le convainquent d’abandonner.
Mais il savait déjà qu’il retenterait l’expérience, il ne s’avoue pas vaincu car à 42 ans, Patrick Deixonne veut concrétiser un rêve : traverser l’atlantique en solitaire sans assistance.

La traversée a été dure et longue mais je suis fier d’y être arrivé.
Je suis arrivé amaigri (moins 12 kilos) mais en bonne santé : après quelques gigots d’agneau et autres magrets de canard, tout rentrera dans l’ordre !
J’ai vécu des moments forts qui resteront gravé mais j’étais pressé de retrouver la terre ferme, ma Guyane, mes amis et ma famille qui ont su me réserver un accueil inoubliable.
La fin de course a été très difficile. J’ai subi, comme les autres concurrents, des conditions météo qui ont mis nos nerfs à rude épreuve.
A 24h de l’arrivée, j’ai complètement craqué et je voulais tout arrêter ! Qu’on vienne me chercher… C’est finalement grâce à mon staff et mes proches que j’ai tenu bon.
J’ai finalement ramé toute la nuit pour me trouver au petit matin sur le Grand Connétable, au large de Cayenne.
Le dernier jour, la mer a été plus clémente et mon moral est alors remonté en flèche, pour se retrouver sur un petit nuage duquel j’ai du mal à redescendre depuis que j’ai franchi cette ligne d’arrivée tant convoitée !
Je tiens à remercier mes sponsors, partenaires et amis qui m’ont aidé à réaliser cette traversée. Parmi eux, je tiens à souligner la présence essentielle au PC Course de Bernard, mon routeur ainsi que Gaëlle et Christel pour la partie « communication ».
Bernard travaillait tous les jours pour m’envoyer ma feuille de route avec toutes les indications météos des jours suivants, les positions des concurrents, nos caps et vitesses. Les filles quant à elles m’envoyaient vos messages de soutien et me faisaient parvenir les impressions des autres skippers, ce qui m’aidait à mieux accepter mon propre sort !
Finalement, je n’étais pas vraiment tout seul au milieu de l’océan et c’est donc grâce à eux, à vous et vos messages de soutien que j’ai pu parvenir au bout de cette traversée.
Je suis heureux d’avoir pu réaliser cette aventure hors norme qui n’était pas moins qu’un rêve de gosse.
J’espère que cela vous donnera l’envie et l’espoir à vous tous de vivre vos rêves…
Merci à tous !
Patrick DEIXONNE.
Bonjour à tous,
Fin de course difficile pour Patrick, le temps lui parait très long et les petits bobos accumulés le font maintenant souffrir. Mais il est sur la bonne route et est impatient de toucher terre. Voici ses impressions des derniers jours :
Le 11 avril 2009
Avant ce qui était dur à vivre c'était l'état de la mer, la distance, les mains, les fesses (encore aujourd'hui) les conditions de vie à bord. Maintenant c'est le fait de ne penser qu'à l'arrivée et d'essayer de connaitre la date du but ultime. Le soir quand je me couche je ne pense qu'à ca, c'est terrible parce qu'il reste encore au moins une vingtaine de jours (ou une quinzaine !!) Bref ça occupe trop mon cerveau. Et puis je rêve de plus en plus à ma famille, à la bouffe. Vivement qu'on arrive !!! Sinon la mer est assez calme et pour faire nos 50 ou 60 miles sans vent avec un courant faible et une houle encore trop nord à mon gout, c'est du sport !
Le 12 avril 2009
Joyeuses pâques à tous ! Aujourd'hui je souffre énormément des fesses, c'est le résultat d'heures de rame !!! A chaque pose je suis à poil et debout au vent pour me soulager et ensuite je me tartine de crème, mais j'ai mal, je n'ai plus de gras et je m'assoie sur les os, même le coussin du siège crie quand j'arrive pour ramer !!!!!! Ma journée d'hier a été chaotique, rien ne le faisait ! Une météo qui ne me convenait pas avec des courants hallucinants qui m'empêchait de faire ma route. J'ai payé cache les efforts d'hier et les heures sous le soleil à ramer. La nuit j'ai la main droite qui gonfle et l'index que je ne peux plus plier. Reprendre les avirons devient une vraie torture. Chaque jour je pense à cette arrivée et maintenant il me tarde que cela se termine, j'ai ma dose !!! C'est une aventure certes extraordinaire mais très dure physiquement. J'espère arriver dans une douzaine de jours, quel bonheur quand j'y pense. D'abord une bonne douche et un vrai repas avec un bon Corbière !! Voilà j'ai vidé mon sac et demain sera un autre jour (meilleur, je l'espère).
Le 13 avril 2009
La santé va mieux, je pense à un gros coup de fatigue, vouloir avancer vite pour arriver vite ce n'est pas bon du tout ! Donc je rame style diesel sans forcer sur les avirons. Je m'économise un peu, car l'arrivée est loin encore. Mon but est de garder ma latitude assez haute pour pouvoir manœuvrer dans le bon sens pour passer la ligne.
Le 15 avril 2009
Mes journées se suivent et se ressemblent en ce moment, levé à 6h00 TU début de séance de rame, le but étant de faire entre 12 et 15 miles nautique avant midi. Puis repas, sieste et reprise des avirons pour encore faire 15 miles avant 18 H, et plus si possible, puis réception du routage et des infos du PC Cayenne, description rapide pour savoir si je dois me remettre à ramer. Il y a peu d'espoir de gagner encore une place et je préfère m'économiser pour l'arrivée. Je ne vous parle pas des pauses qui servent à me soigner, laver le bateau, réparer les poulies du safran qui casse maintenant tous les jours (au niveau des fixations), le bateau lui aussi est usé par cette traversée. Et dans ma tête, défile les jours qui me restent pour en finir avec tout ça, et là ça devient dur, très dur. Je me suis filmé aujourd'hui et j'ai regardé le film. Je ne me suis pas reconnu, on dirait un vieux bagnard, il ne me manque plus que le chapeau de paille sur la tête et je suis prêt pour le tournage de Papillon bis !!!
Le 17 avril 2009
TERRIBLE je suis sur un tapis roulant aujourd'hui à 9H00 TU. Ce matin vendredi 17 j'ai déjà fait 10 miles en n'ayant ramé que pendant 1H 30 !!! Après trois douches improvisées par les vagues, je me suis enfermé dans ma cabine, j'ai fermé toutes les écoutilles et après avoir fait le point sur les distances qui me séparent d'Alnet et Torre, je vais en profiter pout faire une journée strictement minimum pour me refaire une santé et je vais laisser dame nature faire le reste. Donc la météo se confirme d'après les prévisions que Bernard m'a envoyées. Si le vent bascule NNE il faut que je garde des forces pour le combat. Pour l'instant dans la cabine c'est l'enfer, je suis secoué comme un prunier, ayant mis mon bateau en trois quart de la houle. Il est soulevé par les vagues puis déposé quelques mètre plus loin. Tout est attaché dehors et dedans tout est bien calé sauf l'homme !!! Ce soir je passe le 45° de longitude et je suis en dessous des 500 miles nautiques, ca devient bon, je pense être en Guyane le dimanche 26. Ca serait cool d'arriver un week end !
Bonjour à tous,
Ces derniers jours n'ont pas été faciles pour Patrick, peu de vent, mauvaise houle, mais ca y est, notre rameur a repris des forces et retrouvé des conditions meilleures. Voici le résumé de cette semaine :
4 avril
« C'est dur en cette fin de mi parcours, le moral part en brioche ! Pourquoi ? Je ne sais pas. Le cœur n'y est pas. Le physique non plus d'ailleurs, car depuis que j'ai changé mes avirons j'ai du mal, ils sont plus lourds et plus gros a la poignée, les fesses font mal et le fait de s'assoir sur mon siège est un moment de grande solitude !!! Les journées sont de plus en plus chaudes, il devient impossible de ramer à certaines heures et à l'intérieur c'est le four. Je pense que le moral reviendra quand, au compteur de mon GPS, je passerai en dessous des 1000 miles nautiques, pour moi ca sera vraiment la moitié du parcours »
5 avril
« Un mois déjà passé à ramer tous les jours et dans des conditions pas faciles, la météo ne nous laisse aucun répit. Bien sûr ce n'est pas de tout repos car pour tenir une position il faut ramer entre 7 et 9 h par jour. J'ai perdu du poids, j'ai fondu comme un sucre dans le café, mais maintenant cela se stabilise et tant mieux!!!!! Question alimentation je regrette plein de choses que j'aurais du prendre, plus de conserves, plus de chocolat. Au niveau santé je m'en sors pas mal, des mains de rameur bien sûr, des fesses à vif, un coude avec surement du cartilage abimé mais heureusement qui ne m'empêche pas de ramer. Question navigation je fais au mieux avec Bernard mon routeur, on s'entend bien. Il sait qu'à bord on ne peut pas toujours suivre les instructions du routage à la lettre. Ici, c'est l'homme qui fait avancer le bateau, pas une voile ! Alors il s'adapte à mon profil et cherche à me faire couper la ligne dans les meilleures conditions. Mon staff au PC me tient au courant de l'ambiance de la course et me fait parvenir mes messages de soutien qui me font un bien fou !! On se sent moins seul ! Mes proches me manquent aussi, ma femme, mes enfants, mais quelle joie de les revoir sur le bord du quai bientôt! Un grand merci à tous ceux qui me soutiennent dans cette aventure. »
6 avril
« J'ai des conditions de rame très difficiles ces dernier temps qui m'usent physiquement. Alors je me dis pour me remonter le moral que passé quelques degrés ça sera surement mieux Sinon ce dimanche j'ai pris un peu plus de temps pour moi, pour faire un brin de ménage. Il faut de temps en temps se poser, non. Voilà pour l'instant les journées se ressemblent et je rage chaque matin de ne pas voir la houle et le vent venir de 'l'ouest ! »
9 avril
« Après un mois de combat sans pitié, où tous les coups ont été permis entre la mer et moi, depuis deux jours on a trouvé un compromis ! Sachant qu'elle a affaire à quelqu'un de têtu, tenace et motivé, elle est prête à me laisser passer, après ce test d'un mois. Il faut la mériter la transat à la rame, ce n'est pas la traversée du lac du Rorota non plus ! Je me trouve dans une veine de courant qui me porte bien vers l'ouest à une allure très convenable et du coup le moral refait surface (oui !! il était parti sous le bateau tellement il était bas). J'ai même hâte le matin de prendre les avirons pour augmenter ma distance journalière, je l'ai fait pendant deux jours mais ça me chauffe les fesses (les pauvres). Comme le but étant d'arriver avec,(les fesses) je concilie les deux ! Il y a de plus en plus de dorades sous mon bateau, alors j'ai mis une ligne pour améliorer l'ordinaire ( je me vois bien avec un bon filet mariné dans l'huile d'olive avec du citron), quand on a faim, il n' y a plus de sentiments, et qu'est ce que je mange en ce moment ! Je suis à trois repas par jour avec du complément pâtes ou riz dans les lyophilisés, c'est vrai que j'ai perdu, j'estime, 7 à 8 kilos. La nuit je dors mieux aussi car je m'épuise moins aux avirons avec le courant dans le même sens. C'est plus facile....Je commence à penser à l'arrivée aussi , faire un bon repas , me doucher, marcher, enfin tout ce que peut faire un terrien quoi !
PS : Dernière minute :Ce matin pendant ma pause je vois passer les dorades sous le bateau et je vois que j'ai un poisson volant dans le cokpit. Dès que j'ai mis le poisson, une dorade de 6 kg a mordu !!!!!!!!!! Elle est vraiment grosse, j'arrive à la sortir de l'eau et maintenant elle marine dans de l'huile d'olive et du citron »
Patrick
Bonjour à tous,
Bientôt la fin de la 4ème semaine de course et un bilan plutôt satisfaisant pour Patrick. Aujourd'hui, il n'est plus qu'à une poignée de miles du 7ème. Voici de nouveaux extraits saisis cette semaine :
Samedi 28 mars 2009
Petite journée, car trop chaud et une mer comme d'habitude pas facile à négocier. Dans des journées comme ca, le moral n'est pas terrible car on n'avance pas comme on voudrait. Je sais aussi que la partie la plus difficile pour le moral est cette là (vers la fin du 1° tiers) une fois passé la moitié du chemin tout reviens dans l'ordre, alors je prends sur moi je patiente J'ai lu ça dans le bouquin de Maud Fontenoy ! oui, elle le dit !!!
Dimanche 29 mars 2009
Dernier WE de mars, et je l'ai bien fêté en mangeant ma conserve habituelle (oui une conserve chaque week-end) cela me change et marque la fin d'une semaine. J'ai donc mangé des lentilles saucisses et 'j'ai ouvert la bouteille de vin de Béa. Ce matin j'ai croisé un bateau de pèche surement coréen, ils se sont rapprochés de moi certainement pour voir cet objet flottant sans mat ni moteur !! Et là j'ai vu leur étonnement qu'en je me suis mis à ramer. Y'en a qui applaudissaient et d'autres qui me regardaient en ce demandant sûrement si j'étais bien net. Une petite visite comme ça au milieu de l'Atlantique c'est assez sympa.
Lundi 30 mars 2009
A 13H j'ai eu la visite du Guyavoile, ils m'ont filmé pendant une heure et m'ont pris ma cassette vidéo. Cette visite m'a fait du bien et franchement ça va, plus je me rapproche de la moitié du parcours plus je me motive.
Mardi 31 mars 2009
Si vous souhaitez faire un régime pour perdre du poids rien ne vaut une bonne traversée de l'Atlantique à la rame. Surtout à l'arrivée ne vous attendez pas avoir débarquer des mecs super musclés. Vous ne verrez que des décolleurs d'affiche. Je compte sur vous pour préparer mentalement chaque épouse de skipper à voir des hommes fiers mais un peu amincis !!! Là on se dit qu'on est en train de réaliser un truc de cinglé. J'ai déjà parcouru plus de 2000 km c'est dingue qu'en on y pense et il me reste encore 2400 c'est tout. Ce qui impressionnant aussi c'est cette capacité à vivre sur un truc complètement instable, du soir au matin vous êtes en recherche d'équilibre. Rien que de se servir une tasse de café devient toute une histoire voir une aventure dangereuse car on passe très près de la brulure !!!! S'habiller le matin, enfiler un slip ou un short et bien pas facile de lever une jambe et de rester en équilibre sur une. Comme cela va être bon de remettre un pied sur terre. C'est pour cela qu'il faut partir, pour mieux apprécier les choses simples de la vie. Je pense qu'après un voyage comme celui là on en reviens que surement changé.
Mercredi 1er avril 2009
En ce mercredi mon aventure a failli tourner court. Motivé en ce jour de blague de venir chercher la 7° place de mon collègue à quelques miles devant moi, je prends les avirons. Après ma pause déjeuner je reprends et quelques minutes plus tard, un train de houle grossit très rapidement jusqu'au moment où une vague plus grosse que les autres vient frapper le coté de mon bateau. Là mon réflexe à été de lacher les avirons pour me lever faire contre poids. La violence à été telle que mon aviron au vent a glissé sous le bateau (ce qui a surement évité le chavirage) et s'est cassé. J'ai chuté violement dans le bateau en me cognant le coude et en me tordant la cheville. J'ai hurlé non pas de douleur mais de rage ! La mer ne vous laisse aucun moment de répit. On ne peut pas lever les pouces en disant stop on fait une pause, impossible !! Une heure et demie plus tard le bateau était de nouveau opérationnel. Très important pour mon moral, car en cette fin de premier tiers du parcours, il devient de plus en plus dur de le garder. On est loin de tout, du départ et aussi de l'arrivée. Je sais qu'il va y avoir une dizaine de jour pas facile à vivre, après on se rapproche de l'arrivée et ca va mieux ! Cette aventure que je suis entrain vivre est très riche en enseignement sur soi-même, et comme le disent mes collègues skippers « elle vous met à poil ». On ne peut pas tirez le frein à main et descendre pour souffler un peu. On se dit aussi que la compétition n'est pas dans le classement mais bien d'arrivée au bout quelques soit sa place. Alors on rentre dans sa tanière et on écrit, c'est notre pause à nous.Sachez que le PC course me fait parvenir vos messages de soutien que je lis (ou dévore) cela me permet d'être un peu moins seul dans cette extraordinaire aventure ! Merci à vous tous.
DEIX
En cette fin de troisième semaine de course, Patrick garde le moral et un bon cap. En moyenne, il a un jour par semaine de « petite forme » et il décide alors de moins ramer, de laisser son bateau et la mer décider pour lui de sa route. Pendant ce temps là, il récupère physiquement et le lendemain, çà repart !!
Extrait de son journal de bord :
« Dimanche 22 mars 2009 : hier soir 22h30 plus de safran !!!
J'ai perdu une pièce qui relie mes drosses (cordes pour diriger le bateau) de safran (gouvernail) mais pas question d'aller à l'eau en pleine nuit.
J'ai passé une nuit pratiquement sans sommeil car dans la cabine il y avait un bruit monstre et très inquiétant pour l'avenir de mon safran !
Ce matin, vu la température de l’eau, je ne suis pas décidé à m’y jeter… J'ai voulu réparer en passant par l'arrière du bateau en me tenant au petit mât du détecteur de radar que j'ai bien sûr arraché à la première vague venue ! J'ai donc arrêté les frais et je me suis équipé de mon harnais pour une baignade forcée par quatre mille mètres de fond... Je ne suis pas arrivé a mettre cette (passage censuré…) manille à la (passage censuré…). Le bateau bougeait beaucoup trop.
Bien énervé (on imagine très bien la scène…), je suis remonté et j'ai cherché quelque chose qui puisse la remplacer et EUREKA ! J'ai trouvé un petit mousqueton. Donc rebelote pour la mise a l'eau et cette fois mission accomplie YES!!!!!
Ensuite, j'ai aussi réparé mon antenne du détecteur radar et tout est rentré dans l'ordre. Et j'ai fait un bras d'honneur aux requins !!!!! »
« En ce jour, le mardi 24 mars au matin, je prends les avirons et je pars faire de l'ouest comme Bernard (mon routeur) me le suggère inexorablement. Mais une fois les avirons en main je m'aperçois que j'avance très peu pour un effort considérable. Mais que se passe-t-il ? Ha, les anatifes ! Espèce de bestioles qui s’accrochent sur les coques des bateaux et qui les ralentissent. Je passe ma main sous la coque et effectivement je sens des trucs ! Bon, il faut encore se mettre à l'eau et là, on ne peut pas y échapper.
Alors après une inspection visuelle autour de mon bateau pour vérifier que mes copains requins soit bien occupés ailleurs, je plonge et je gratte la coque en ayant les yeux derrière la tète. Vous conviendrez qu'après avoir vu mon trainard se faire croquer par notre ami le requin, chaque expé dans l'eau n'est pas vraiment un moment détente !
Finalement il n’y avait pas tant d’anatifes que çà et si le bateau n'avancait pas, c'était essentiellement du au contre-courant ! Dans tous les cas, le grattage "çà c'est fait" !!!!! »
Mercredi 25 mars 2009 : « Cette nuit, réveil par mon alarme radar : grosse frayeur avec non pas un, mais deux cargo, je bondis sur ma VHF ! C'est le plus lointain qui me répond d'un air désabusé qui me dit OK je t'ai vu. Mais celui qui m'inquiète c’est l'autre, qui fait route de collision avec la mienne. Au dernier moment, ils se sont parlé entre cargo et il ma contacté en me disant qu'il m'avait vu : pas de problème…
Pas de problème pour lui mais pour moi en pleine nuit sans lune au milieu de l'atlantique aussi gros qu'un œuf de pâques pas facile de garder son sang froid ! »
Vendredi 27 mars 2009 : « Dur, dur, aujourd'hui au réveil car je sens bien que j'accumule de la fatigue. Alors ce matin, je voulais ramer comme d'habitude mais le cerveau, lui, ne voulait pas... mais les muscles oui !
Donc, nous avons fait une réunion syndicale avec les différents partenaires c'est à dire : le cerveau, les muscles, le GPS comme médiateur et moi même.
Après un débat vivement animé, un compromis à été adopté à la majorité : tirer moins sur les avirons, manger plus, faire plus de siestes et pour le GPS atteindre le 26° ce soir.
Nous nous sommes tous serré la main et avons mis en application toutes les revendications...
Ce qui est dur à gérer aussi, ce sont les petits bobo de tous les jours : la tête qui cogne dix fois par jour sur les rebords de la bulle, les doigts qui se font prendre par la fermeture intempestive du hublot principal (deux doigts abimés), les coups d'aviron sur les tibias et j'en passe...
Le plus douloureux, ce sont les mains au réveil. Elles enflent pendant la nuit et le matin, je mets une demi heure à les remettre en état.
Ensuite, la nuit, le bateau bouge beaucoup et donc mes points d'appui sur le drap (coude et genou) sont irrités par le frottement. Et comme je ne peux pas dormir sur le dos à cause du siège de rame qui irrite mes fesses : je n'ai pas le choix.
Voilà à part çà, tout va bien, c'est le quotidien d'un rameur.
Merci à tous, les messages de soutien me font énormement du bien au moral. »
Patrick est de plus en plus à l’aise dans son embarcation, et se stabilise dans le classement, entre la 8ème et la 9ème place. Vous pouvez suivre ses vacations téléphoniques et son parcours sur le site de Bouvet Rames : www.bouvet-ramesguyane.com, et continuer à le soutenir par mail sur patrickdeixonne@orange.fr. Nous vous avons choisi des extraits de ses mails envoyés au PC Course, depuis une semaine :
« Ici tout va bien, mais je suis triste de savoir que Jean-Jacques Gautier a abandonné. La mer est impitoyable. Moi je fait très attention et même si j’ai le cap un peu bas je ne me mets jamais en danger en travers des vagues. »
« Je prends le temps de cuisiner pour améliorer le lyophilisé. Je ne vous donnerai pas les recettes car après vous n’allez pas avoir faim !!!!! La vie à bord est presque organisée , mais je n’ai pas le temps de faire beaucoup de lessives et le linge s’accumule car il ne peut pas sécher à cause des embruns. »
« Aujourd’hui, pendant ma sieste j’ai ressenti un choc qui m’a bien surpris ! Qu’est ce donc ? j’ai pensé tout de suite à ma dérive qui aurait pu être abimée par un tel choc après vérification rien de cela, donc je reprends les rames et me mets à tirer dessus pour gagner encore quelques miles. Et la encore un choc ! Je me lève du siège et je vois un requin qui s’amuse avec mon trainard (corde qui traine a l’ arrière du bateau au cas où on tombe a la mer) certes pas bien gros je l’estime à ma taille mais à chaque fois qu’il mord la corde c’est comme si je donnais un coup de freins. Il l’a fait trois quatre fois puis lassé il est parti et temps mieux pour moi. »
« J’en ai marre de ce vent N et de cette houle NNW qui nous use à petit feu. Ramer dans ces conditions est pénible physiquement et moralement. On ne tire que sur le bras droit, on est balancé de droite à gauche, on compense avec le dos , rien de bien naturel comme geste de rame. Demain sera un autre jour, avec surement une envie de faire mieux qu’aujourd’hui. »
« La mer dicte ses lois et elles sont assez compliquées. Le matin tu te lèves, c’est une mer calme que tu découvres, alors tu te dis ok cette fois je mets le paquet et après avoir déjeuné et être habillé, là elle change de ton, elle grossit et devient moins accueillante qu’au réveil. Dans la soirée elle s’apaise pour laisser apparaitre une houle de 3 à 4 m et on rame en escaladant ces montagnes d’eau, en faisant le dos rond moi et mon bateau, surtout ne pas la contrarier, puisqu’elle accepte de nous laisser passer.
Sinon tout va bien on commence à avoir du NNE en vue, il me tarde d’être dans les grands trains de houle de vent d’est pour voir défiler les miles et me rapprocher de vous.
Remerciez tous les gens qui me soutiennent et qu’ils continuent à le faire. Merci à vous. »
DEIX
Voici les dernières nouvelles de Patrick, heureux et de plus en plus confiant :
Je prends ma traversée comme un voyage et il est fabuleux : j’ai joué avec les dauphins, vu un requin, beaucoup d’étoiles...
Dure journée aujourd’hui (dimanche 15 mars) : ce matin j’étais à la longitude 19° 42.00 et cet après-midi, pris par un courant, j’ai perdu 00°02.00 : pas simple… Car les vents nous repoussent vers le sud-est.
Donc, il faut ramer inlassablement sans prendre trop de pauses et dépasser le 23° W pour avoir du vent dans le bon sens. Ce soir je prends les avirons en espérant que le vent tombe et que je puisse ramer vers l’ouest.
J’ai aussi percé mes ampoules des mains (de toute façon, je ne pouvais plus passer les gants !) et depuis je n’ai plus mal quand je rame mais j’ai mal quand j’ arrête… on ne peut pas tout avoir !
Sinon je vais bien, une semaine de passée, j’espère qu’en terme de conditions de navigations, la nouvelle semaine sera plus favorable !
Au fait, je n’ai jamais dit que je voulais arriver le premier en Guyane ! (voir communiqué sur le site Bouvet-Rames-Guyane le 15 mars), j’ai simplement dit que dans la course, il y avait une autre course entre Guyanais et que le premier arrivé aura les honneurs… (ils ont donc transformé mes propos car je garde bien sûr mon premier objectif qui est d‘arriver au bout, d‘en profiter au maximum et donner le meilleur de moi même !)
Merci pour tous vos messages ils m’ont fait du bien moralement.
Patrick
Nous avons eu un petit mot de Patrick lundi 9 au soir :
Nuit et journée pas evidente, beaucoup de bateaux remorqués dont moi... Sinon je fait le max vers l’ouest mais mal de mer et manque de repas = fatigue. Cette nuit je me repose. J’ai le moral et dans l'ensemble tout va bien.
Les forts vents de nord-nord ouest repoussent effectivement les concurrents vers la côte sénégalaise. Les bateaux accompagnateurs sont vigilants pour que les rameurs ne dépassent pas une ligne située à 5 milles des côtes. Jusqu’à ce matin, 11 concurrents ont du être remorqués pour ne pas dépasser cette ligne et d’ici là, il y en aura probablement d’autres...
Au moment où j’écris, il est 11h30 en France en ce mardi 10/03 et Patrick vient d’appeler : Il va mieux. Il a moins le mal de mer ce matin, il a soigné ses mains et il va pouvoir mieux ramer aujourd’hui. Il dit avoir dépassé le Cap de Dakar et s’est maintenant bien éloigné des côtes.
Cette fois çà y est, Patrick est soulagé, il a passé sans encombre la fameuse barre qui l'angoissait à la sortie du fleuve Sénégal et qui lui rappelait de si mauvais souvenirs ! Cette année, le passage a pu se faire dans de meilleures conditions, aucun participant n'a eu de problème.
Par contre, pour leur première journée, ils ont du ramer 10 à 12h car un fort vent de nord les y oblige et les pousse vers la côte...
Ce soir, Patrick était en pleine forme, heureux. Il commençait à avoir mal aux mains et il partait se reposer un peu après cette difficile première journée. En gardant en tête qu'il faut à tout prix se "déscotcher" des côtes et donc "mettre les ramées doubles" dans les prochains jours...